Séminaire sur le développement de filières de valorisation pour les déchets ménagers

Les 12 et 13 avril 2018, un atelier a lieu à Oran sur les perspectives pour développer les filières de valorisation pour les déchets ménagers dans la région d’Oran. Ce séminaire était organisé conjointement par le projet AGID et l’association ASPEIN avec le concours du bureau Green Crossroads (Bruxelles).

La réflexion mené durant cet atelier part du fait qu’il y a lieu s’assurer de la rentabilité économique de l’infrastructure de valorisation à construire dans le cadre du projet AGID, soit un centre de tri de 100 tonnes / jour et une plateforme de compostage de 5.000 m2 dans chacune des trois wilayas de la zone d’intervention

 

Financement de la valorisation : Même si les déchets ménagers contiennent des matières qui ont une valeur économique élevée, il faut prendre en compte les coûts de transport et de traitement. Ceux-ci sont fortement influencés par le comportement des ménages. Au final le bilan économique est souvent déficitaire. Pour le combler, on distingue deux options principales :

  • Prélever des taxes (communales) auprès des citoyens. C’est souvent une bonne solution lorsqu’il s’agit d’un enjeu local et que le citoyen visualise à quoi sert son argent ;
  • Percevoir une cotisation de recyclage auprès des consommateurs. C’est souvent un bon instrument lorsqu’il s’agit d’un enjeu national et que le système fonctionne comme un marché offrant plusieurs alternatives.

Développement d’une industrie du recyclage : Pour qu’une telle industrie puissent se développer, il est nécessaire de lui garantir un approvisionnement régulier de déchets à recycler sur le long terme. De plus le secteur des déchets étant propice aux économies d’échelle, les filières doivent traiter des flux importants pour être compétitives (notamment par rapport à l’exportation). On comprend facilement l’énorme influence de la collecte des déchets ménagers auprès des citoyens sur la sécurité des approvisionnements. Dans ce contexte, on ne peut pas échapper à une réflexion sur les partenariats à mettre en place dans la mesure où la collecte des déchets ménagers et assimilés est une responsabilité des communes qu’elles peuvent déléguer à une intercommunale ou un prestataire privé. Cela se justifie d’autant plus que l’amélioration des taux de recyclage passe par le recours à des technologies de pointe au niveau de la collecte et du tri.

Plusieurs facteurs critiques de succès ont été identifiés au cours des débats :

  • L’accès au gisement de déchets à recycler
  • L’intégration du secteur informel dans les nouvelles filières
  • La cohérence du schéma institutionnel, notamment la répartition des compétence entre le Ministère de l’Intérieur et le Ministère de l’environnement
  • Une communication simple et uniforme sur l’ensemble du territoire
  • L’identification des coûts aux différents étapes de la filière
  • Le recours à d’autres instruments de gestion que la seule réglementation.
  • Une approche spécifique en fonction de l’origine des déchets à recycler (ménagers <=> industriels)

Mise en place d’un dispositif expérimental pour évaluer la valeur agronomique du compost

Le projet AGID a initié en Janvier 2017 trois pilotes de compostage dans chacune des wilayas de Mostaganem, Mascara et Sidi Bel Abbès. Ces pilotes de démonstrations, à raison de deux tonnes de déchets organiques traités par jour, ont pour but de former les ouvriers aux pratiques de compostage et de préparer les EPIC à passer à une production industrielle à plus grande échelle.

Parallèlement, il est important de connaître la qualité du compost obtenu, afin de savoir s’il y a des corrections à apporter dans le processus de production, et si le produit répond aux normes qualitatives lui permettant d’être commercialisé.

A cet effet, des premiers  tests au laboratoire a été effectué sur des échantillons de compost mûr. Les analyses physico-chimiques réalisées ont donné des résultats acceptables concernant les teneurs des principaux éléments fertilisants et montré que les teneurs en métaux lourds sont bien en deçà des normes. Le tableau ci-dessous synthétise les résultats d’analyse des composts issus des pilotes de compostage (Janvier/Aout 2017) des trois Wilaya d’intervention du projet AGID.

Résultats analyses compost
Par ailleurs, afin de prouver la fiabilité du produit dans les conditions réelles du terrain,  des essais agronomiques sont réalisés au niveau des fermes expérimentales des universités de Mostaganem et de Mascara. Cette double approche, dans des lieux et des parcelles différentes, va permettre d’obtenir des résultats statistiquement représentatifs et scientifiquement fiables sur une culture de pomme de terre.

Le dispositif choisi pour la mise en place de ces essais est le bloc aléatoire à trois répétitions. Il consiste à incorporer sur des micro-parcelles de 15 m2, différentes doses des intrants : compost, fumier et fertilisation chimique conventionnelle (NPK), comme le montre la figure ci-dessous.

dispositif expérimental PDT

Différents paramètres de culture, comme la croissance et le rendement, sont étudiés afin de déterminer l’effet de chaque intrant et de chaque dose sur la culture. Après analyse statistique des résultats, on pourra déduire l’effet du compost comparativement à ses concurrents directs. Ceci permettra notamment de communiquer auprès des professionnels agricoles et de contribuer à déterminer un prix de vente du compost.

Grâce à la collaboration des universités, le dispositif a été mis en place et l’implantation de la culture a été effectuée : il ne reste qu’à attendre que ça pousse pour mesurer les résultats.

Rédigé par Farah Adjaoud : Ingénieur d’Etat AND, antenne d’Oran